De l’usage des revues...

Écarts d’identité a sa propre histoire dans le concert des revues (cf. présentation) et court toujours son aventure. Une aventure "revuiste" collective regroupant des acteurs scientifiques, culturels et militants dans la région Auvergne-Rhône-Alpes et dédiée aux aventures des migrations et de l’interculturalité qui « créolisent » (E. Glissant) nos sociétés.

Mais qu’est-ce une revue au fond ? Qu’est cet objet et qu’est-ce cette aventure ? Qu’est ce besoin qui motive des personnes et des collectifs à, sans cesse, « lancer des mots » comme des cris d’« urgence » dans une brume ou dans une forêt ? Et qu’est-ce cette attente arpentant en revue et constamment une « résonance » (H. Rosa) au-delà des éternels discours normatifs qui meurent à chaque fois dans leurs propres échos ?…"

En 2011, des revues ont offert une résidence à Mathieu Bénézet (décédé en 2013), poète (Grand prix de poésie de l’Académie française), écrivain, essayiste, éditeur, homme de radio (France culture) et homme de revues (il en a crée lui-même plusieurs : Empreintes, Première Livraison, Diagraphe). « il leur a raconté des histoires, leurs histoires » (André Chabin, Ent’revues). Au fond, il a raconté Le Roman des revues.
Un roman est une scène polyphonique, dialogique où s’élabore à plusieurs voix des scenarii issus des vécus multiples, riches de leurs traces et de leurs écarts. Une revue démultiplie cette polyphonie à une puissance sociale élevée !

Écarts d’identité,
revue engagée culturellement et scientifiquement dans son objet se reconnaît dans cette filiation.

Extrait

“Qu’est-ce que perdre le regard sur le monde, l’écoute de soi-même, vivre à côté de soi, tomber dans le mutisme ou l’anorexie mentale ? Je pourrais le dire autrement : pourquoi les gens de revue parlent-ils si souvent d’une affaire de langue voire d’une forme de résistance ? Quel est le danger qui les guette – qui nous guette – et tous les mots lancés contre le danger, comme on lancerait des pierres contre une vitre, ou encore les gestes qui tendent à naître comme si la menace d’autisme était générale, et que le risque le plus haut pour l’homme soit de s’apercevoir qu’il n’a plus rien à dire, plus de mots, des fantômes de vocables démonétisés, retombant en cendres… Sombre horizon. Mais si on relisait les intentions de nos aînés, les surréalistes ou les Rivière et Paulhan de la N.R.F, les protagonistes des Cahiers du Sud, on s’apercevrait que ce qui mène les femmes et les hommes à fonder puis à animer des revues relève de ce type d’interrogations, de cette espèce de tourment personnel et intime à quoi la revue tente de répondre diversement et collectivement. En un mot, et peut-être est-ce ce mot qui définit ce que l’on essaye perpétuellement de penser sous le terme de modernité, en un mot beaucoup de revues, de décisions de création de revue répondent à un sentiment d’urgence plus ou moins louable pour les lecteurs, plus ou moins déclaré, cependant je suis sûr que les revues qui comptent encore ou celles qui compteront sont nées ou naîtront de ce sentiment d’urgence.”

Mathieu Bénézet
Le Roman des revues
Édition Ent’revues, 2012

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NOUVEAUTE :
La revue Écarts d’identité est en vente à :
Archipel Librairie
21 place des Terreaux
69001 Lyon