C’est d’abord le silence qui s’impose à la tombée d’une telle « nouvelle » : tel ami est décédé. Elle est toujours inattendue, brutale, sidérante.
On ne peut plus parler avec lui, mais difficile, sous le choc, de parler de lui. Difficile mais impossible d’arrêter le fil de la mémoire. Charles est parti, mais Charles est toujours là, son sourire, son amitié, son œuvre. Une œuvre amicale, une amitié souriante, un sourire qui a su traverser le temps et les espaces, et les rapprocher.
Il fut de tellement d’aventures intellectuelles, personnelles ou collectives. Nous sommes nombreux et nombreuses à devoir à sa lucidité à la fois généreuse et exigeante, et sûrement nombreuses et nombreux à devoir lui rendre hommage.
J’ai connu Charles début des années 1980. Je préparais ma thèse sur la « transculturation » dont une partie portait sur les œuvres de A. Khatibi, M. Dib et D. Charibi. Il a été membre du jury lors de ma soutenance. Ce fut le début d’une amitié qui ne faillit jamais. Plus tard, il accepta avec enthousiasme d’être membre du Comité de soutien de la revue Écarts d’identité. Il y contribua plusieurs fois avec autant d’enthousiasme.
Charles fut une rencontre, une vraie, parmi celles qui nous marquent à jamais. L’amitié et la pensée s’y conjuguaient, s’aiguisant l’une par l’autre et dans la joie du bon vivre. Je me souviens de ces bons moments passés à travailler dans son bureau – il construisait alors la base de données de la littérature maghrébine de langue française, projet qui lui tenait à cœur – ou sur la terrasse de son appartement, dégustant un verre et embrassant d’un coup d’œil la ville de Lyon qu’il aimait tant.
Et ce mot, le tien Charles, gravé à jamais sur la troisième de couverture de mon ouvrage Zyada, Le livre du couchant : « Dans le texte qu’il propose, au lieu cependant de sombrer dans la nostalgie crépusculaire du nom de ce silence (le « Couchant »), cette question relance le défi d’une relation vivante entre les langues, leur entremêlement dans une « hospitalité » reconnaissante ».
Ce défi de la relation vivante et bonne fut aussi le tien, Charles. Il n’abdiqua ni devant les pensées crépusculaires là même où tu enseignais, ni devant la maladie. Il restera dans nos mémoires comme un synonyme de ton nom.