N°143

Notes de lecture

Habib Osmani BLED-ART STORIES

Algérianitudes Avant-propos de Benjamin Stora Éditions Mars-A, 2024

par Abdellatif Chaouite

Ces nouvelles de Habib Osmani nous disent au fond qu’une cicatrice n’efface jamais la blessure. La blessure ici de la colonisation. Elle demeure vive dans les après-coups des traitements discriminants infligés aux héritiers, au point de leur faire sentir « combien coloniale pouvait aussi être [leur] identité » ! Mais aussi appelle par sa démangeaison à un travail de mémoire. Le travail de cette « part de colonialité inscrite dans l’inconscient » des héritiers des colonisés comme des colonisateurs, et qui devrait favoriser de nouvelles passerelles entre les mémoires.

Le narrateur, Merzouk – nom qui signifie celui qui a de l’aubaine : cette aubaine d’« Écrire ! » sans doute qui compose la première nouvelle –, mais que l’auteur qualifie bizarrement de « pseudo-écrivain », ne semble pas sûr de lui. Il doute. Pas tant quant à sa volonté ou sa capacité à écrire – il écrit tout le temps dans son carnet de notes les pensées qui lui traversent l’esprit – qu’à l’identification de son écriture : « sera-t-il considéré comme un auteur algérien ou comme un auteur français... » ? Comme si c’était plus important que le fait d’écrire, ou comme si cette question en cachait, symptomatiquement, une autre : est-il considéré comme un algérien ou comme un français ? Ou, et inversement, est-il considéré comme un pseudo-algérien ou un un pseudo-français !?...

Ce doute, ces nouvelles tentent de l’élaborer entre fiction et histoire, ou plutôt entre fiction et rappels historiques tels des inserts dans le narratif, comme si le narrateur se devait de « restituer les grands épisodes récemment découverts, au début de la deuxième partie de sa vie », pour se rassurer sur lui-même. Ou

comme si une urgence de sens s’imposait à lui pour répondre à ces questions – du moins se les coltiner – qui demeurèrent longtemps sans réponses : « Qui suis-je pour toi ? Qui es-tu pour moi ? » Les réponses à ces questions ont été filtrées, et infiltrées, par la colonialité et le racisme, et « encore de nos jours ».

C’est un peu la quête de tous les autres personnages dans ces nouvelles. Alice, ethnologue américaine devenue spécialiste de l’Algérie : sa mère avait épousé un ancien soldat indigène et la cause de la révolution algérienne par la même occasion ; Farida qui mesure son ascension « intégratrice » en miroir avec le livre de Marguerite Duras Une Pluie d’été ; l’arrière-grand-père de Harry, colon en Algérie, secret familial bien gardé à seulement en faire un film, etc. Ces résonances font du travail d’écriture un effort d’émancipation... Au fond, tous ces personnages « ne cherchent pas à changer l’Histoire. Ils veulent simplement qu’on leur raconte leur histoire » afin de libérer leurs imaginaires.