N°136

note de lecture

Racée

par Bruno Guichard

RACEE

Rachel Kahn
Ed. de l’Observatoire -2021.

"Je suis souchienne et négresse à la fois.
Incompréhensible.
Je ne suis pas une synthèse.
Je suis une insolence. "
Rachel Kahn

Ce livre est un remède contre la mélancolie qui parfois nous saisit face à l’incertain qui nous entoure. C’est un livre fait de désir, de révolte et de cris face aux dérives des novlangues, à la perte du sens des mots, aux difficultés à se parler et à se comprendre, au prêt à penser états-unien et au développement sans fin des collectifs. Avec cette question jubilatoire : « Où sont passé les roux ? ».
C’est un magnifique pamphlet dans lequel Rachel Kahn nous fait partager le plaisir de lire Romain Gary qui a écrit dans Pseudo : « nous sommes tous des additionnés », et Rachel Kahn de préciser : « il a su apporter une lumière singulière et essentielle à ma construction… en questionnant sans cesse la notion d’identité comme une liberté plutôt qu’un enfermement. Alors, à l’heure où les crispations identitaires s’intensifient, où les oppositions entre les genres se renforcent, il m’est nécessaire de revenir à lui comme une première appartenance ».

Rachel Kahn est juriste, comédienne, autrice et co-directrice de la Place, le centre culturel hip-hop de la Ville de Paris. Elle a notamment participé au livre collectif Noir n’est pas mon métier, édité au Seuil en 2018.

« Ô Races, ô désespoirs !, je suis racée voilà tout », ainsi commence le livre de Rachel Kahn.
« Je suis racée parce que je porte en moi plusieurs racines, que certains prennent pour des races… femme européenne et africaine, Française et Gambienne, Juive aux origines chrétiennes et musulmanes, animiste avant l’islamisation de l’Afrique de l’Ouest, blanche et noire, j’ose aujourd’hui annoncer la couleur : je suis bien dans ma peau … afro-yiddish je ne suis pas de la diversité, j’ai la diversité en moi, nuance ».

Il est urgent de lire ce livre car il nous oblige et nous interroge. Chaque titre de chapitre est un appel à la vigilance, les mots qui séparent, les mots fourre-tout et les mots qui réparent. Parmi les mots qui réparent il y a le mot désir et le mot créolisation. Avec le mot créolisation, c’est l’occasion d’un hommage à Edouard Glissant, bien qu’à la première lecture du livre de Glissant Philosophie de la relation, elle confesse que : « je ne comprenais rien de ce que je lisais mais je lisais, seuls mes sens étaient en éveil… bien plus tard j’ai compris… ». Mais n’est-ce pas ainsi que souffle le vent de la liberté et de l’égalité, en éveillant les sens !